Caravane Ytto contre le mariage des mineures : la 16ème édition bat les records et touche plus de 26 000 personnes des provinces de Youssoufia, Safi et Essaouira

Khawla Tachfini, 25 ans, et Mohamed Ouslimane, 35 ans, sont bénévoles de la Fondation Ytto connue pour ses caravanes sociales dans les zones rurales les plus enclavées. Avec des dizaines d’autres volontaires, ils sillonnent les villages marocains depuis douze et sept ans respectivement avec un seul objectif : sensibiliser les familles rurales contre le mariage des mineures.

Date : vendredi 2 août 2019

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Mohamed Ouslimane et Khawla Tachfini participent chaque année à la caravane Ytto contre le mariage des mineures. Photo: Fondation Ytto / Othmane Nouri

 « Je suis originaire du village d’Imilchil. Enfant, je voyais des filles de mon âge mariées par leurs familles et parfois même divorcées en étant toujours mineures. Malgré mon jeune âge, je savais que ce n’était pas normal. » se rappelle Mohamed. En effet, le mariage des petites filles est un phénomène qui reste répandu à cause de l’application des exceptions à l’âge légal de 18 ans prévues par le Code de la Famille.

Les caravanes sociales de la fondation Ytto ont pour objectif de sensibiliser les habitant·es des villages les plus isolés contre le mariage des mineures et les mariages forcés, mais aussi de faire la promotion des droits humains des femmes et des filles. « Quand la caravane est arrivée à Imilchil, je l’ai rapidement rejointe car j’étais persuadé de la nécessité de ces interventions sur le terrain. Cela fait sept ans que je participe », précise-t-il. Organisée en partenariat avec ONU Femmes, la 16ème caravane d’Ytto a ciblé les villages des provinces de Youssoufia et d’Essaouira.

Les bénévoles de la caravane sont répartis en commissions : juridique, médicale, artistique, de sensibilisation et une spécialisée en enquêtes de terrain. Khawla explique ses responsabilités au sein de la caravane « J’administre le questionnaire social aux femmes et m’isole avec celles qui sont victimes de violences pour qu’elles puissent se confier. Je m’assure aussi de les orienter vers les structures d’accueil et les services légaux qui leur sont dédiés. Pour cela, j’ai suivi plusieurs formations avec la Fondation et aujourd’hui, je fais partie des activistes qui font la caravane annuellement ». Ce jour-là, dans le petit douar de Jnane Bouih, les 50 volontaires de la Fondation ont accueilli près de 500 personnes.

« Nous avons beaucoup évolué depuis 2006, date de la toute première caravane contre le mariage des mineures » se rappelle avec fierté Najat Ikhich, Présidente de la Fondation Ytto. « Aujourd’hui, nos moyens sont renforcés et nos interventions optimisées grâce à l’appui de nos partenaires dont ONU Femmes qui était parmi les premiers à nous soutenir. En plus des commissions qui existaient, nous avons ajouté des fonctions logistique, secrétariat, rapporteur [...] Le résultat est là puisque nous avons touché 26 880 personnes au lieu des 15 000 initialement ciblées ».

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Najat Ikhich, Présidente de la Fondation Ytto, avec les femmes du petit village de Jnane Bouih en juillet 2019. Photo: Fondation Ytto / Othmane Nouri

Au-delà des chiffres, c’est aussi l’impact du suivi avec les populations locales que la Présidente souhaite souligner. En effet, en plus de la sensibilisation, la fondation accompagne les femmes dans les procédures administratives nécessaires à la création d’associations « Ytto a créé et encadré 15 noyaux d’associations très actives. Je peux citer l’exemple du village d’Ait Kalla dans lequel l’association Taytmatine, créée en 2012, se bat pour l’autonomie des femmes, ainsi que celui d’Ait Ourir où l’Association Tafoukt a mobilisé 30 femmes et hommes pour la caravane et où une de nos bénéficiaires est devenue coordinatrice de la région sud ».

Mohamed affirme que la création de coopératives locales dans son village a eu un impact positif dans la mesure où les jeunes femmes ont la possibilité d’être financièrement autonomes et où les familles considèrent des perspectives pour leurs filles autres que le mariage précoce. Par ailleurs, il souligne l’importance de l’implication des hommes : « Notre présence [les hommes] garantit plus d’efficacité dans l’approche d’intervention pour faciliter la conversation avec les hommes qui sont souvent réfractaires à s’adresser aux femmes membres de la Fondation; en général, les jeunes sont plus réceptifs à notre discours et sont potentiellement des acteurs clés pour le changement ».

Pour Leila Rhiwi, Représentante d’ONU Femmes, la caravane se distingue par son approche participative qui implique aussi bien les femmes et les filles des régions parcourues que les hommes et les garçons, mais également les autorités locales, engagées en amont plusieurs mois avant chaque caravane par la Fondation pour les sensibiliser et auprès desquelles le bilan des campagnes est présenté. En effet, il est essentiel que les autorités, chargées d’appliquer la loi, soient interpellées par les situations réelles qui continuent à perdurer dans les territoires les plus isolés. Une séance d’échanges a dans ce cadre été organisée en clôture de la caravane au tribunal de première instance d’Essaouira où Juges, travailleurs·ses sociaux·ales et société civile locale ont pu partager leur expérience pour lutter contre le mariage des mineures. « La caravane est un espace de libération de la parole pour des femmes qui continuent à subir les conséquences du patriarcat et des stéréotypes dès leur plus jeune âge et vise à leur faciliter l’accès aux services » souligne la Représentante.

La 16ème édition de la caravane Ytto s’inscrit dans le cadre d’un partenariat entre ONU Femmes et le gouvernement du Canada qui finance un programme de 4 ans pour la prévention et l’intervention améliorées en cas de violences faites aux femmes et aux filles au Maroc.