Journée internationale des femmes

Maroc : Célébration de la Journée internationale de la femme sous le thème « Le changement climatique et les préoccupations du genre »

Chaque année, la Journée internationale de la femme est l’occasion de rappeler publiquement la nécessité et l’importance de défendre les droits humains des femmes pour parvenir à l’égalité de genre et garantir l’autonomisation des femmes. Cette journée est également un moment de bilan et de réflexion. Au Maroc, le système des Nations Unies et le Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération (MAEC) ont saisi cette occasion pour placer le changement climatique et les préoccupations du genre au cœur des discussions, le 9 mars 2016 à Rabat.

Date : vendredi 11 mars 2016

De g. à d. : Hakima Haité, Ministre déléguée auprès du Ministère de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, chargée de l’Environnement ; Leila Rhiwi, Représentante d’ONU Femmes pour le Maghreb ; Mbarka Bouaida, Ministre déléguée auprès du MAEC ; Bassima Hakkaoui, Ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social. Photo : ONU Femmes/Kimja Vanderheyden

De g. à d. : Hakima Haité, Ministre déléguée auprès du Ministère de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, chargée de l’Environnement ; Leila Rhiwi, Représentante d’ONU Femmes pour le Maghreb ; Mbarka Bouaida, Ministre déléguée auprès du MAEC ; Bassima Hakkaoui, Ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social. Photo : ONU Femmes/Kimja Vanderheyden

Le panel d’ouverture a réuni Mesdames Mbarka Bouaida, Ministre déléguée auprès du MAEC, Bassima Hakkaoui, Ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social, Leila Rhiwi, Représentante d’ONU Femmes pour le Maghreb, et Hakima Haité, Ministre déléguée auprès du Ministère de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, chargée de l’Environnement. Elles ont tour à tour rappelé les acquis, enjeux et perspectives en termes de développement durable et d’égalité des sexes, les deux étant étroitement liés.

Mme Bouaida a commencé par rappeler les avancées du Royaume du Maroc dans le domaine de la consécration des droits des femmes, dont la plus récente est l’adoption du Protocole facultatif de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes (CEDEF) en 2015. Mme Hakkaoui a ensuite rappelé que si l’atteinte de l’égalité des sexes est d’abord la mission du gouvernement, elle est également la responsabilité de tout citoyen et toute citoyenne. Dans la mesure où les évolutions du changement climatique et de l’environnement impactent avant tout les femmes, elle a également insisté sur l’importance de prendre en compte les besoins spécifiques des femmes.

Mme Rhiwi a pour sa part souligné le défi d’intégrer systématiquement l’égalité des sexes dans les réponses au changement climatique : « Cela nécessitera un changement de paradigme qui met les femmes au centre de nos efforts d’adaptation, d’atténuation et de gestion des risques de catastrophes. » Rappelant les efforts engagés par le Maroc depuis les années 2000 en matière d’égalité des sexes et de respect de l’environnement, Mme Rhiwi a appelé à la mobilisation en amont de la COP22, afin de concrétiser le pas historique franchi à Paris lors de la COP21 et du premier Accord universel sur le climat. Ces engagements appellent la mise en œuvre de plans et programmes effectifs, passant par la mise en place de moyens financiers adéquats, de ressources institutionnelles, de systèmes de redevabilité basées sur des indicateurs de suivi et d’évaluation et sensibles au genre.

Mme Haité a souligné que le respect des droits des femmes était indispensable au développement. L’adoption des 17 Objectifs de Développement Durable a mobilisé les pays pour la défense du droit au développement, à la santé, à l’éducation, et enfin, à la dignité humaine. Saluant la prise en compte du genre dans le Préambule de l’Accord de Paris comme étant déjà un premier pas, l’approche genre reste toutefois à intégrer de façon systématique dans l’application de tous les articles de l’Accord, intégration qui sera négociée lors de la COP22. Les femmes, premières productrices dans l’agriculture, ne détiennent pourtant qu’une infime minorité des ressources : si elles labourent 70% des terres agricoles, elles n’en possèdent que 1%. Pour inverser la tendance, il faut faciliter l’accès aux terres par un accès renforcé aux crédits, aux financements, et par le renforcement du poids décisionnel de ces femmes. Enfin, dans le but de préparer l’intégration de l’approche genre dans les outils opérationnels de la COP22 à Marrakech, la Ministre a annoncé la tenue prochaine d’un forum « Femmes et climat ».

De g. à d. : Kamal Lahbib, Représentant de la « Coalition marocaine pour la justice climatique » ; Driss El Yazami, Président du CNDH ; Sabah Chraibi ; Nizar Baraka, Président du CESE. Photo : ONU Femmes/Kimja Vanderheyden

De g. à d. : Kamal Lahbib, Représentant de la « Coalition marocaine pour la justice climatique » ; Driss El Yazami, Président du CNDH ; Sabah Chraibi ; Nizar Baraka, Président du CESE. Photo : ONU Femmes/Kimja Vanderheyden

La deuxième partie, modérée par Madame Sabah Chraibi, a permis de mettre l’accent sur les bonnes pratiques à mettre en place afin d’optimiser les impacts de la COP22 sur le développement et l’intégration systématique du genre dans les plans et programmes nationaux liés à l’environnement.

Nizar Baraka, Président du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et Président du comité scientifique de la COP22 a souligné la nécessité d’intégrer l’égalité femmes-hommes dans les politiques publiques et dans le processus d’adaptation au changement climatique et la gestion des risques. Partant du constat alarmant que seules 5% des femmes marocaines sont propriétaires de terres agricoles, il a partagé trois pistes d’action pour renverser la tendance : renforcer l’intégration du genre dans les politiques et programmes publics d’adaptation et d’atténuation du changement climatique ; mettre en place une approche différenciée de la vulnérabilité selon les territoires et les groupes sociaux, et notamment au niveau des régions ; assurer la représentativité effective de l’égalité hommes-femmes.

Driss El Yazami, Président du Conseil National des Droits de l’Homme et Chargé des relations avec la société civile de la COP22, a rappelé que l’Accord de Paris représente un tournant dans l’histoire de l’Humanité, apportant à une menace planétaire une riposte internationale. Pour renforcer l’efficacité de cette réponse, l’approche genre doit être systématique, verticale et horizontale. Afin d’arriver à des résultats tangibles, M. El Yazami a présenté un certain nombre de recommandations. Premièrement, il est nécessaire de se projeter au-delà de la simple échéance de la COP22 et d’avoir une vision à long terme. Ensuite, la COP22 doit être résolument tournée vers le Sud, afin de concrétiser les promesses énoncées. La COP22 doit aussi favoriser une dynamique de recherche et développement au niveau du continent, afin d’élaborer des solutions adaptées au contexte spécifique africain. La COP22 doit enfin avoir un effet levier pour le pays, en permettant l’élaboration de 12 plans d’action régionaux pour l’environnement.

Concluant le panel, M. Kamal Lahbib, Représentant de la « Coalition marocaine pour la justice climatique » a rappelé que l’égalité hommes-femmes est le fondement d’une société démocratique et que le rôle de la coalition est notamment d’ancrer au niveau le plus local, là où les femmes souffrent le plus, la préoccupation du climat dans les actions. Dans ce cadre, la COP22 cristallise les espoirs de concrétisation des engagements internationaux et de réalisation de la démocratie et de l’égalité de genre, mais le développement durable et son corollaire, l’égalité des sexes, sont confrontés à trois défis principaux. Un défi politique, au vu de la régression générale des droits des femmes. Un défi économique, le modèle prévalant aujourd’hui créant de l’exclusion et des inégalités au profit d’une infime minorité. Enfin, un défi de valeurs, au regard de la montée de fondamentalismes alimentés par les carences démocratiques et les inégalités sociales et économiques, maintenant en place un système patriarcal dont les femmes sont les premières victimes. Dès lors, l’enjeu réside dans un changement de modèle de société, afin d’intégrer les valeurs de durabilité, de solidarité et d’égalité.

Célébration de la Journée internationale de la femme sous le thème « Changement climatique et les préoccupations du genre ». Photo : ONU Femmes/Kimja Vanderheyden

Célébration de la Journée internationale de la femme sous le thème « Le changement climatique et les préoccupations du genre ». Photo : ONU Femmes/Kimja Vanderheyden