Maroc : Bilan du programme "Villes sans Bidonvilles"

Les conclusions de l’enquête nationale d’évaluation de l’impact du programme « Villes sans Bidonvilles » sur les conditions de vie des ménages viennent d’être dévoilées. A travers cette enquête, il est mis à la disposition des différents acteurs gouvernementaux et de la société civile, une base de données et des statistiques désagrégées par sexe, sur les caractéristiques démographiques et socio-économiques des bénéficiaires.

Date : mercredi 27 janvier 2016

Lancé en 2004 par le Gouvernement du Maroc, le programme « Villes sans bidonvilles » a pour finalité d’éradiquer l’ensemble des bidonvilles dans les villes et les centres urbains concernés et de permettre l’accès à un habitat salubre aux 388 400 ménages touchés actuellement par ce phénomène.

En 2014, le ministère de l’habitat et de la politique de la ville, en partenariat avec ONU Femmes, a lancé une enquête nationale afin d’évaluer l’impact de ce programme sur les conditions de vie des ménages. Ce travail vient d’être finalisé et les résultats ont été présentés mardi 26 janvier 2016.

Présentation des résultats de l'enquête nationale "Villes Sans Bidonvilles". Photo: ONU Femmes/Kimja Vanderheyden
Présentation des résultats de l'enquête nationale "Villes Sans Bidonvilles".
Photo: ONU Femmes/Kimja Vanderheyden

Les conclusions de cette enquête montrent que 55 villes, sur un total de 85 concernées, ont d’ores et déjà été déclarées sans bidonvilles. 82% des ménages habitant ces bidonvilles ont acquis un logement décent ou sont bénéficiaires des projets en cours d’exécution. Ces résultats montrent par ailleurs une très forte amélioration des conditions d’habitation des ménages bénéficiaires, appuyée par un taux de satisfaction de plus de 80% et également reflétée par un faible taux de glissement de 9,7%.

L’importance et l’intérêt de cette étude résident notamment dans la désagrégation par sexe des statistiques. Comme l’exprimait Leila Rhiwi lors de son discours à la conférence de presse, « l’intégration de l’égalité de genre dans le suivi et l’évaluation des politiques publiques revêt un caractère stratégique et offre des analyses substantielles sur l’apport d’une intervention dans l’avancement de l’effectivité les droits humains des femmes ».

la prise en compte de l’égalité de genre dans l’étude a permis de mesurer pour la première fois le taux exact d’accès des femmes à la propriété. Le programme Villes sans bidonvilles a ainsi permis une hausse du taux d’accès des femmes à la propriété du logement occupé par le ménage de 15,3 à 18,7%, soit un gain de 3 points. Bien que cette hausse soit à souligner, ce taux reste néanmoins assez faible. Ce constat témoigne de la persistance de contraintes institutionnelles et culturelles, constituant des obstacles à l’égalité entre les hommes et les femmes. Cette inégalité s’observe aussi dans le manque de valorisation du travail domestique non rémunéré réalisé par les femmes, qui se traduit par un accès limité des femmes aux ressources économiques et donc à la propriété.

Or, comme le souligne Leila Rhiwi, « l’accès à la propriété est important pour le développement humain et la réduction de la pauvreté et est souvent nécessaire pour accéder à de nombreux droits économiques, sociaux et culturels ». La réduction de ces inégalités entre les femmes et les hommes fait donc naturellement partie des recommandations développées à la suite de la publication des résultats de cette étude.

Présentation des résultats de l'enquête nationale "Villes Sans Bidonvilles". Photo: ONU Femmes/Kimja Vanderheyden