L’approche genre pour mieux comprendre les causes et lutter contre l’extrémisme violent en Tunisie

Comment les constructions sociales de masculinité et de féminité au sein de la société tunisienne influencent-elles les phénomènes d’adhésion à l’extrémisme violent ? Voilà une question à laquelle ONU Femmes et OXFAM ont essayé d’apporter une réponse à travers une étude conjointe intitulée « Penser le genre dans les réponses à l’extrémisme violent en Tunisie - Enjeux conceptuels, état des lieux, pistes d’action » présentée lors d’un séminaire organisé le 16 novembre à Tunis.

Date : lundi 7 janvier 2019

L’objectif de ce séminaire a été de présenter les résultats de l’étude afin d’en faire bénéficier les recherches futures, d’éclairer les programmes et les stratégies de lutte et de prévention contre l’extrémisme violent et aussi d’explorer les suites des recommandations relatives au rôle des femmes dans la prévention de l’extrémisme violent. Lors de son mot d’ouverture, Diego Zorilla, Coordonnateur Résident des Nations Unies en Tunisie a souligné que « la place des femmes dans le maintien de la paix est primordiale et nous devons compter sur leur pleine participation ». Héla Gharbi, Directrice d’OXFAM Tunisie, a, quant à elle, souligné que “la superposition de plusieurs facteurs liés à l’âge, à la marginalisation, aux inégalités et aux normes sociales expose les jeunes à la violence et les rend facilement identifiables par les groupes extrémistes ».

« Tout l’enjeu est de comprendre dans quelles conditions ces femmes évoluent au sein des milieux extrémistes, ce qui compte pour elles dans ces situations et à quelles contraintes elles sont exposées, pour mieux y répondre et promouvoir un modèle pacifique de société porteuse des valeurs d’égalité entre les sexes. » a déclaré Sara Faivre, Spécialiste des programme ONU Femmes Maghreb. En effet, l’extrémisme violent est généralement associé par l’opinion publique à une jeunesse surtout masculine, marginalisée sur les plans social, culturel et économique. Cette étude, menée dans le cadre du programme régional « Femmes, paix et sécurité dans les États arabes », mis en œuvre par ONU Femmes avec l’appui du Gouvernement finlandais, propose donc le prisme du genre comme élément essentiel pour comprendre l’extrémisme violent dans la diversité de ses modes d’engagement en Tunisie car il permet de dépasser une représentation des femmes comme soutiens passifs et non-violents ou remède miracle aux causes structurelles de la violence.

Ce séminaire a aussi été l’occasion de présenter les différentes recommandations de l’étude : d’abord institutionnelles, qui concernent entres autres la mise en œuvre du plan d’action national sur les femmes, la paix et la sécurité en application de la Résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, mais aussi sociétales tel que la formation et le soutien financier et technique des organisations de jeunes femmes afin qu’elles puissent participer à la discussion de tous les sujets et thématiques des commissions de suivi, de prévention et de réponse à la radicalisation et l’extrémisme violent. L’étude propose également des recommandations sociales et psychosociales comme la sensibilisation des parents et jeunes aux risques d’internet et des réseaux sociaux et la création d‘espaces de sociabilisation pour les jeunes. Enfin, une stratégie de communication a été proposée appelant à la diffusion d’un contre-récit à contenu positif mais aussi au développement d’un plan de consultation et communication à deux voies pour entendre les revendications des jeunes femmes et promouvoir une image positive de la femme tunisienne et à la création d’un centre indépendant de réflexion autour de la question du positionnement relationnel entre hommes et femmes en Tunisie.

Près de 200 participant-e-s ont assisté à ce séminaire organisé par ONU Femmes et Oxfam et qui a connu la participation de Sana Kyröläinen, Représentant de l’Ambassade de la Finlande, Mokhtar Ben Nasr, Président de la Commission nationale de lutte contre le terrorisme, Najet Jaouadi, représentante du Ministère de l’intérieur, et Anis Dalhoumi, Chef de cabinet du Ministère de la Femme, de la Famille, de l’Enfance, et des Séniors.