ZankaLab ou l’art comme vecteur de sensibilisation au harcèlement sexuel dans la rue

C’est à la salle Jacques Tati de l’Institut français de Rabat qu’a eu lieu le 11 novembre dernier, l’ouverture des portes du « ZankaLab », un espace expérimental ou « comment l’expression artistique peut contribuer à déconstruire les normes sociales nocives qui perpétuent les violences à l’encontre des femmes ». Depuis sa création en 2013, le collectif ZankaBla Violence œuvre pour la création, le développement, la promotion et la diffusion de projets culturels et artistiques. L’association a mené des actions de sensibilisation sur diverses thématiques liées à l’égalité de genre, la sexualité et la violence dans la rue, spécifiquement envers les femmes et les filles, contribuant ainsi aux changements d’attitudes et de comportements des populations pour promouvoir la lutte contre la violence dans les espaces publics et encourager la déconstruction de stéréotypes sexistes et des normes sociales discriminantes.

Date : jeudi 16 novembre 2017

 

Dans le cadre de la campagne mondiale des « 16 jours d’activisme contre la violence à l’égard des femmes » qui se tient chaque année du 25 novembre au 10 décembre, le collectif « ZankaBla Violence » (en français,« rue sans violence ») se joint aux efforts de prévention et de lutte contre le harcèlement sexuel en utilisant l’art comme vecteur de sensibilisation pour pouvoir contribuer aux changements d’attitudes et de comportements en faveur de l’égalité entre les sexes. En partenariat avec ONU Femmes, le collectif a prévu « le collectif a prévu deux temps forts : une expérience multisensorielle interactive avec le public, et une pièce de théâtre nourrie par les réactions de ce dernier ». La première activité, le ZankaLab, a été expérimentée le 11 novembre à l’Institut Français de Rabat.

Il s’agit d’un projet d’installation interactive et multisensorielle où les personnes de tout âge sont invitées à participer à différentes installations interactives mêlant sons, apparences, images, et vidéos. Le « ZankaLab » préconise donc le « théâtre participatif » ou un renversement des rôles et des codes traditionnels du théâtre : les « acteurs » deviennent passifs, le « public », lui devient acteur principal.

Intrigués, voire émus, les participant.e.s du ZankaLab sont sortis de cette expérience davantage sensibilisés à la problématique du harcèlement sexuel de rue.  Hind et Ibtissam, deux jeunes étudiantes ont témoigné de leur expérience. « Je ne pensais pas que le harcèlement avait cette importance pour être traité et de cette manière. Pour moi, le harcèlement est un phénomène imbriqué dans la société ; tout le monde sait qu’il existe mais personne n’en parle » a déclaré Hind.  

Quant à elle, Ibtissam a été impressionnée par la créativité du collectif, elle explique : « Je ne m’attendais pas à cela. Ce moyen artistique est très efficace parce qu’il arrive à faire passer les messages de manière beaucoup plus facile, car il touche directement les émotions des gens. J’ai pu apprendre énormément de choses à travers cette initiative artistique, d’un côté à travers les statistiques qui ont été présentées mais comment les femmes devraient se comporter quand elles subissent le harcèlement de rue. C’était choquant pour moi d’apprendre que 70% des femmes subissent le harcèlement au Maroc ! ». Contrairement à Ibtissam, Achraf, a estimé que les statistiques présentées ne sont pas si choquantes que ça. Il a déclaré : « ces statistiques représentent la réalité vécue par les femmes au Maroc. Le harcèlement est devenu normal dans notre société mais il ne devrait pas l’être ».

Pour Fadwa, une jeune femme dans sa vingtaine, cette expérience a été cathartique. Pleine d’émotions à la sortie de l’expérience multisensorielle, elle avoue avoir été très touchée par cette expérience : « je ne m’attendais pas à ce que l’expérience soit si émotionnelle que ça. J’ai ressenti comme une espèce d’ouragan à l’intérieur de moi qui a extériorisé le cauchemar que je vis avec tous le harcèlement sexuel que je subi tous les jours sans exception et ce pour n’importe quel détail de mon apparence, que je sois en talons, en jupe ou en djellaba ». Ces actes, poursuit-elle sont « gratuits, sans raisons ou excuses et deviennent même presque une habitude chez les jeunes marocains d’aujourd’hui ».

Alarmée par les chiffres présentés, Fadwa estime qu’il est nécessaire d’impliquer davantage les hommes dans la sensibilisation au harcèlement sexuel pour qu’ils ne reproduisent et ne cautionnent plusle harcèlement.  « Une éducation fondée sur l’égalité des sexes en termes de droits mais aussi en termes de rôles est primordiale, mais d’autres actions sont envisageables. L’accès à la culture, au théâtre, encourager la lecture sont des exemples d’actions qui contribuerons au long terme au changement de perceptions et de comportements », ajoute la jeune femme.

L’aventure ZankaBla Violence se poursuivra jusqu’en 2018 dans un camion théâtre mis à disposition par la troupe « Spectacle pour tous » qui produit des pièces de théâtre mais assure aussi des ateliers de formation théâtrale dans les quartiers défavorisés. Ce camion sillonnera les villes de Tanger, Fès Rabat, Casablanca et Marrakech pour poursuivre les efforts de sensibilisation au harcèlement sexuel.

Le collectif Zankabla Violence est appuyé par l’ONU Femmes dans le cadre du programme régional « Hommes et Femmes pour l’égalité de genre » (2016-2018) mis en œuvre au Liban, Egypte et en Palestine en partenariat avec l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (SIDA). Ce programme appuie notamment une campagne de sensibilisation nationale lancée afin de sensibiliser le public mais surtout les jeunes, sur les violences faites aux femmes et les nouveaux enjeux et opportunités en termes d’égalité de genre.